Le beau football : Le paradis des spectateurs, la roulette russe des équipes !

Rédigé le 13/09/2020
La Rédaction


" il y a beaucoup de poètes dans le foot, mais ils ne gagnent pas toujours les titres. "

Ainsi était la déclaration du portugais José Mourinho, suite à la victoire de Manchester United, son équipe à l'époque, en finale de l' Europa league en 2017. Une parmi d'innombrables sorties médiatiques controversées du Special one, s'insurgeant cette fois contre les détracteurs qui ne cessaient de critiquer la frilosité de son jeu et son côté peu attrayant.
 
Heureusement pour lui et son équipe, le football ne se soumet qu' au score final, et ne gratifie point la beauté , ni la domination et ni le nombre d'occasions . Le Celta vigo et l'Ajax Amsterdam, les deux adversaires de Manchester United en demi finale et finale de l'édition en question, en étaient victimes. En effet, les deux équipes s'étaient amertumement faites éliminer en dépit d'une nette domination et controle des matchs, contre des mancuniens dont le réalisme était beaucoup plus tranchant.


Le beau football fait allusion à tout ce qui est jeu fluide, dont l' essence sont les passes, les percussions , les mouvements sans ballon , les dédoublements et le jeu entre les lignes. Il s'agit du football qui rallie tous les spectateurs à sa cause, du fooball qui envoûte , et qui incite à s'épanouire d'avantage dans ce sport si agréable. Des équipes à l'mage de l'Ajax de Ten Hag,le Napoli de Sarri, le Dortmund de Klopp, le Nice de Lucien Favre, le Tottenham de Pochettino , le Leipzig de Nagelsmann et autres, ont incarné ce beau football, et suscité l'empathie des amateurs du foot et l'allégresse à l'idée de les voir jouer. Néanmoins, l'histoire retient que ces équipes contre toutes attentes n'ont rien gagné d'autre que les éloges du public, et exhument la déclaration de Mourinho tout en appuyant la véracité de ses dires.
La question fatidique qui s'impose par conséquent est : pour quelles raisons le beau football s'associe-t-il aussi rarement aux trophées ?
 
1- LE MANQUE D'EXPÉRIENCE ET DE RÉALISME:
 
Il est difficile de remporter des trophées, quand l'effectif en question manque d'éléments vétérans, des joueurs expérimentés, accoutumés à toutes les circonstances et conditions, des joueurs assez lucides pour encaisser la pression, garder leurs aplombs, changer le tempo du match et assommer l'adversaire une fois l'occasion présentée. Uns équipe comme l'Ajax Amsterdam , qui avait créé l'exploit l'année dernière en atteignant les demi finales de la champions league, aurait pu aller encore plus loin dans la compétition si ce n'était du manque de réalisme de ses très jeunes joueurs. Ces même joueurs s'étaient amusés à enchainer les occasions ratés tout le le long du match retour avant de faire naufrage à la toute dernière minute dans un des scénarios des plus cruels de la compétition. Tottenham Hotspur avait subi un sort aussi tragique et accablant en 2017/18 lors du retour des huitièmes de finale contre la Juventus. Lauréats de leur groupe en phase de poules, devant le futur champion le Real Madrid et Borussia Dortmund , les Spurs s'étaient imposés comme sérieux candidats en quête du titre, ayant comme arme un jeu offensif et créatif régi par des joueurs comme Harry Kane, Eriksen ,Son , Moussa Dembélé etc.... Mais ils devaient d'abord passer par le chemin épineux de la Juventus. Après un match aller soldé par un 2-2 partout , Tottenham amorçait son match retour avec l'avantage du but à l'extérieur. La première mi temps fût entièrement dominée par les spurs, que ça soit sur le jeu ou sur le résultat grâce à un but de Son. Une panoplie d'occasions et de tirs en vain s'était faite rencontrer plus tard par un court réveil de la juventus qui avait réussi à planter 2 buts dans un espace de 4 minutes en deuxième mi temps pour ensuite se replier en défense et préserver le score .Des éléments expérimentés comme Buffon, Chieillini, Barzagli, Pjanic et Higuain, qui venaient de disputer la finale de l'édition précédente s'étaient arrangés à usurper la qualification et à évincer Tottenham de la compétition sans merci. Le Bilbao de Bielsa en avait payé les frais également. En 2011/2012, l'équipe du basque avait réalisé un parcours faramineux en Europa league, éliminant dans la foulée le Manchester United d' Alex Ferguson dans l'une des plus belles confrontations de l'histoire de la compétition, avant de tomber sur l'Atletico Madrid en finale. Tout semblait être sur les bons rails pour l'équipe de Bielsa qui comportait de jeunes joueurs comme Muniain, Ander Herrerra, De Marcos, Iturraspe etc.... Sauf que l'adversaire en face était un Atlético à peine 2 ans plus tôt courroné en Europa League avec les mêmes éléments, mais surtout un Atlético équipé d'un assassin des filets de la taille de Radamel Falcao . Les colchoneros avaient fini par s'imposer sur un score de 3 à 0, et ce n'était ni les 59% de possession Bilbao, ni ses 8 corners et ni ses 16 tirs qui risquaient de changer la donne.
 
2- LE STATUT FINANCIER ET HISTORIQUE DES ÉQUIPES:

Il est toujours admirable de contempler des équipes à budget indigent et parfois même accablées de dettes, s'acharner à développer un football offensif et divertissant, encore mieux quand certaines arrivent à créer l'exploit inoui. Ces équipes se confèrent ainsi un nouveau statut lui valant de nouveaux enjeux et un intérêt plus prononcé des médias. En revanche, il est consternant de constater que parfois, la situation financière des clubs éclipse toutes les attentes. Alourdis par le fardeau budgétaire, certaines équipes tendent à vendre leurs meilleurs joueurs. C'est exactement ce qui s'était passé avec le Real Mallorca en 2009/10, le club avait réalisé l'une de ses meilleurs saisons au niveau de la liga sous l'égide de cracks tels que Borja Valero, Aduriz, Chory Castro et le vétéran Josep Marti. L'équipe avait terminé en 5ème position, décrochant ainsi sa qualification pour l'Europa League. Cependant, le Real Mallorca s'était fait abattre par une crise financière tellement sévère que l'UEFA avait été dans l'obligation de l'écarter de l'Europa League. Du coup, le club s'était penché vers ses meilleurs joueurs pour lui servir d'aubaine et pour s'enrichir par le biais du mercato.
 
Remembering the Villarreal Team That Almost Completed the Impossible Champions League Dream in 2006 | 90min
 
Par ailleurs, d'autres équipes , aussi belles à voir soient-elles, manquent de régularité. Un vice qui est tributaire de la pénurie au niveau de l'effectif de remplacents assez tranchants afin de redonner du souffle aux titulaires, au sein d'un club incapable de s'approvisionner en nouveaux joueurs. Villareal en 2011/12 s'en était mordu les doigts. 1 an après une formidable saison , les sous marins jaunes s'étaient retrouvés en lice pour concurrencer en Champions league, la Liga et la Copa Del Rey. Une tache difficile avait englouti les joueurs de fatigue, les avait malmenés dans une série d'échecs à l'origine de leur reléguation la même saison. D'un autre côté , le statut historique de l'équipe y joue parfois un rôle fondamental. Les joueurs aspirent toujours à se faire un nom dans les clubs les plus prestigieux du monde. Des équipes comme le Genoa de Gasperini, l' Udinese de Guidolin, Le Betis de Pepe Mel , le Montpellier de René Girard et d'autres s'étaient collées l'étiquette du beau jeu mais avaient fini par succomber aux envies de leurs joueurs de culminer leurs potentiels et palmarès dans de plus grands clubs ou d'évoluer dans des ligues plus compétitives ( Thiago Motta, Diego Milito, Benatia, Asamoah, Handanovic, Montero, Cañas, Giroud, Belhanda... )
 
3- PAS ASSEZ DE FLÉXIBILITÉ TACTIQUE
 
En général , ces équipes sont dévouées à un système particulier et unique. Chaque membre est ligoté à certaines tâches confiées par l'entraineur. Le positionnement, le moment de passer, de se projeter vers l'avant etc... sont tous des consignes immuables que chaque joueur est censé revêtir à chaque match et à chaque minute jouée. Or, les shémas tactiques différent selon les préférences des entraineurs : le beau football s'avère être en général plus fructueux sur match unique face aux clubs à vocation offensive, qui abordent leurs matchs dans l'intention de presser et d'attaquer tout en prodiguant des espaces derrière , et contre qui la motivation est à son summum et l'atmosphère est extrêmement houleuse . D'autres qui préférent noyer leurs matchs dans les duels physiques, qui jouent aux contre attaques ou à bas bloc défensif sont plutôt des proies moins prenables. Le Dortmund de Lucien Favre est un exemple assez congruent. En 2018/19, l'équipe avait dorloté ses fans avec des prestations XXL , des scores gargantuesques et un spectacle addictif. Des Bayern Munich, Leverkusen, Leipzig et Monchengladbach n'avaient pas été épargnés de ce rouleau compresseur. Sauf qu' à la fin de la saison, Dortmund s'était retrouvé encore une fois deuxième derrière les munichois. En effet, le BVB avait étrangement dilapidé des points contre des équipes relèguables qui adoptent un jeu physique à l'image des Hannover, Dusseldorf et Augsburg . Le football de Maurizio Sarri a fait à son tour preuve de défaillances à ce sujet : alors qu'il s'amusait à étaler sa magie à Napoli, l'entraineur italien a fini par décevoir à Chelsea et à la Juventus, et désormais l'écho du Sarriball retentit de moins en moins du moment qu'il n'est plus productif sans une certaine gamme de joueurs dons les qualités concordent avec les idées de Sarri. Autre exemple est celui de Quique Setien. Son expérience à la tête du Fc Barcelone fût un échec cuisant. Et pourtant, son passage antérieur avec le Real Betis laissait augurer autrement. Souvent élogé à l'époque par la presse espagnole pour son jeu alléchant, Setien abordait ses matchs avec un 3-5-2. Un schéma tactique qui avait fait l'unanimité en espagne notamment après les masterclass contre Barcelone au Camp Nou et le Real Madrid au Bernabeu. L'entraineur espagnol avait essayé la même approche avec le club catalan , or le résultat était beaucoup moins abouti et l' alternative n'était autre que raviver le classique 4-3-3 , qui fût incapable d'optimiser ses idées . Le club continuait à plonger dans les défaites faisant de Setien un parmi plusieurs responsables de la situation désatreuse du club actuellement.


4- UNE DÉFENSE ÉMAILLÉE DE LACUNES:
 
Les joueurs qui pratiquent du beau football sont assez souvent des joueurs hardis et audacieux qui n'hésitent à prendre des risques vers l'avant, les chances de perdre la balle au profit d'une contre attaque périlleuse et de concéder des buts sont par conséquent plus élevées. " L'attaque vous fait gagner les matchs, la défense vous fait gagner des titres." Cette déclaration mythique du Sir Alex Ferguson illustre parfaitement l'idée en vigueur.
 
En 2013/14 , Liverpool avait fini deuxièmes de la Premier League derrière Manchester City. Évidemment, certains imputent la décheance des Reds à la fameuse glissade de Gerrard contre Chelsea. Cependant, il ne faut surtout pas négliger les statistiques sidérantes de leur défense. À 50 buts encaissés, Liverpool n'est en fait que 8 ème en termes de meilleur défense du championnat cette saison :Des chiffres surprenants mais dissimulés par une attaque effrayante présidée par Luis Suarez accompagné des Sturridge , Sterling et Gerrard au sommet de leurs arts. Autre exemple est celui du Brésil en coupe du monde 1982 que plusieurs analystes les considèrent être la version la plus idyllique de la séléction ou même de l'histoire: L e "Jogo Bonito" à la brésilienne médié par Socrates , Zico, Falcao et compagnie. Cette équipe s'était malheureusement faite éliminer par l'Italie lors du deuxième tour sur un score de 3-2 , un résultat inattendu qui peut être justifié par les failles présentes à l'époque dans le secteur défensif. En effet, sur les 5 matchs disputés par le brésil , la Seleçao n'avait réussi qu' une seule fois à garder sa cage vierge, avant de concéder 3 buts dans leur dernière aventure de la compétition.
 
- D'autres facteurs inéluctables et imprévisibles sont autant influents : Un carton rouge précoce, une erreur individuelle, un gardien injouable ou un coup de pied arrêté sont des éléments incontournables dans le foot prouvant encore une fois que c'est un sport incrédule à tout autre paramètre que les buts .
 
- Le beau football est peut être la composante la plus juteuse de ce sport. Mais à quoi bon l'envisager si ses résultats restent infructueux ?! Une chose est sûre , le respect et la reconnaissance des adeptes du foot à l'égard de ces équipes ne font que s'amplifier bien au delà du bilan final.
 
MOHAMED GHFIR